Cet article fait partie d’un recueil des affections courantes en médecine générale qui peuvent provoquer une éruption du lange chez les nourrissons.  Voici la liste des autres articles de la série :


La dermite irritative commune – une cause fréquente d’érruption du lange chez le nourrisson

La majorité des dermites du siège sont irritatives, causées par le contact entre la peau, les souillures et le lange.  La prévalence estimée de la dermite irritative va de sept à quarante pour cent, et son pic d’incidence se situe entre six et douze mois.

La dermite irritative est favorisée par la macération et l’irritation de la peau

L’effet occlusif du lange et la présence d’urine ou de selles augmentent l’humidité locale, créant une propension aux frictions et à la macération de la peau, ce qui réduit la fonction barrière de celle-ci.  L’urée, élevant le pH local par sa catalyse en ammoniac par l’uréase fécale, et les enzymes lytiques présentes dans les selles participent à ce mécanisme.  La couche cornée ainsi altérée devient davantage perméable aux irritants chimiques et aux microorganismes, ce qui entraine le processus inflammatoire.

Les facteurs favorisant la dermite irritative commune sont ceux qui induisent des contacts répétés entre la peau et l’humidité du lange : couches peu absorbantes et/ou changements trop peu fréquents, diarrhées répétées, mauvais séchage du siège.

L’utilisation de couches lavables, généralement moins absorbantes, n’a pas démontré être un facteur de risque en soi de dermite irritative tant que le rythme des changements est adapté.

L’utilisation de produits irritants lors des soins de sièges, avec des lingettes nettoyantes, par exemple, est aussi un facteur favorisant de dermite irritative par fragilisation de la barrière cutanée.

Symptômes et diagnostic de la dermite irritative

La dermite irritative commune se présente sur les zones de contact avec le lange, et donc sur les zones convexes du siège, épargnant typiquement les plis : fesses, bas de l’abdomen, parties génitales, haut des cuisses.  Si l’enfant est examiné en décubitus dorsal, les jambes relevées, la lésion décrit une forme typique en « W ».

L’épargne des plis est un signe caractéristique de la dermite irritative commune, principal signe de diagnostic différentiel avec une affection candidosique, par exemple.

La dermite irritative commune est gradée comme suit :

  • Légère : lésion érythémateuse peu diffuse, parfois ponctuée de papules, asymptomatique
  • Modérée : extension de la lésion érythémato-papuleuse, avec érosions superficielles.  A ce stade, l’enfant peut présenter de l’inconfort.
  • Sévère : érythème étendu papulo-érosif douloureux, jusqu’à parfois nodulaire, plus ou moins inflammatoire.

La dermite commune du siège peut être sujette aux surinfections par colonisation bactérienne ou candidosique, plus rarement par Herpes simplex, trompant le diagnostic initial.

Figure 1.  Dermite irritative commune : atteinte des convexités en W

Illustration d'une dermite irritative commune
dermite irritative commune du lange

Le diagnostic de la dermite irritative commune est clinique, principalement au vu de la présentation en « W » et de l’épargne typique des plis.

Traitement et prévention

La prise en charge de la dermite irritative commune est avant tout préventive et hygiénique.

Elle implique par ailleurs la recherche de facteurs favorisants : combien de changements de couches par jour ?  Utilisation de lingettes nettoyantes ?  Diarrhées répétées ?

Un trouble gastro-intestinal est à écarter en cas de diarrhées répétées.

En dehors de lésions du siège, la toilette du nourrisson peut se faire tous les deux jours, sinon quotidiennement, avec ou sans un savon doux non parfumé.  Le siège doit être soigneusement rincé et séché sans friction, avec un soin particulier pour les plis afin de prévenir toute colonisation fongique.  La toilette est suivie par l’application d’une pommade protectrice afin d’isoler la peau des souillures (liniment oléocalcaire ou crème protectrice contenant du zinc et du cuivre).  Il n’est pas nécessaire d’éliminer entièrement cette pommade à chaque changement de lange.

L’utilisation de lingettes nettoyantes doit rester occasionnelle.  Elles sont irritantes et les conservateurs qu’elles contiennent présentent un risque de sensibilisation de la peau et d’engendrer ainsi une dermite de contact.  Elles sont contre-indiquées si le siège présente des lésions.

Le changement de couche doit se faire au minimum après chaque tétée dans les premiers mois.  En cas de lésion irritative, il convient de changer de couche au minimum six fois par jour.

La base du traitement est d’augmenter la fréquence du changement de lange afin de garder le siège le plus sec possible.  L’enfant bénéficierait d’être quelques heures par jour sans lange, la peau à l’air.

Les pâtes ou pommades sont plus efficaces que les crèmes ou lotions pour constituer un barrage physique de protection de la peau, ces deux dernières étant peu adhérentes, moins occlusives, et pouvant contenir parfums et conservateurs sensibilisants.  L’application doit s’effectuer après chaque change, en couche épaisse.

Face à une dermite sévère très inflammatoire ne répondant pas au traitement symptomatique simple, on peut prescrire un dermocorticoïde à appliquer une fois par jour pendant quelques jours au maximum.  Le dermocorticoïde doit être de faible puissance (classe IV) en raison de l’effet occlusif du lange favorisant l’absorption systémique du corticoïde.  Le dermocorticoïde est appliqué avant la pâte protectrice.

Une dermite irritative commune ne répondant pas au traitement doit avant tout remettre en cause le diagnostic, ou laisser envisager une surinfection bactérienne ou fongique, voire de la négligence parentale.

Source : BULTOT Marjorie, Erythème fessier du nourrisson : du diagnostic différentiel au traitement.  UCL, 2020, pages 11-14

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Dr Bultot : Médecin généraliste à Jalhay / Sart-lez-Spa

Diplômée de l’Université de Namur en 2014, puis du master de médecine à l’Université Catholique de Louvain en 2018, et enfin du master complémentaire de médecine générale avec grande distinction en 2020, j’ouvre la même année mon cabinet de médecine générale à Sart-lez-Spa. Attentive à une prise en charge globale du patient, j’ai développé plusieurs compétences secondaires afin de répondre aux défis quotidiens de la médecine générale, comme par exemple en obtenant le certificat ONE, ou celui de l’interprétation de l’électrocardiogramme (ECG), ou encore en me formant à l’échographie.