La candidose du siège : une cause fréquente d’erythème fessier chez le nourrisson

Cause fréquente d’érythème fessier du nourrisson, l’intertrigo à Candida albicans est souvent diagnostiqué à tort, engendrant la prescription inutile d’antifongiques topiques.

La candidose est la complication la plus fréquente d’une lésion du siège.

Candida albicans est un organisme commensal de la flore gastro-intestinale et génitale humaine.  C’est un germe opportuniste qui cause une infection en cas de modification de la flore, de brèche de la barrière cutanée ou de trouble immunitaire.

Facteurs favorisants et présentation clinique

Candida albicans prolifère en milieu humide.  La macération de la peau est donc un premier facteur favorisant la candidose, mais le champignon peut aussi surinfecter une dermite préexistante.  La prise récente d’un antibiotique est un autre facteur favorisant par modification de la flore cutanée.

La candidose entreprend les plis, facteurs diagnostic clinique important.

La candidose chez le nourrisson touche préférentiellement les plis inguinaux.  Elle peut décrire un « Y » sur le siège, le pli interfessier étant parfois atteint également.

Elle se présente par une lésion érythémateuse luisante, pustuleuse et squameuse, qui s’étend typiquement par des papules et/ou pustules satellites.  Les papules laissent une collerette squameuse une fois qu’elles ont percé.  Le fond du pli, rouge vif, peut être fissuré et recouvert d’un enduit blanchâtre.

La candidose peut s’étendre à l’ensemble du siège par diffusion centrifuge en cas de retard de diagnostic.

A l’examen buccal, on peut retrouver un muguet associé.

Dermite irritative commune surinfectée par Candida albicans

Diagnostic et traitement

Le diagnostic de la candidose peut être clinique, par culture, ou par test au KOH sur un prélèvement.

L’examen buccal doit être systématique : un muguet associé est fréquent chez le nouveau-né avant huit semaines ou en cas de prise récente d’un antibiotique oral.

Le traitement de base consiste en l’élimination des facteurs favorisants, dont des soins du siège adaptés.

Le traitement ciblé consiste en l’application d’un antifongique topique avant celle la crème protectrice, et ce deux fois par jour jusqu’à au moins une semaine après disparition des lésions.  Les agents efficaces sont les suivants : nysatine, clotrimazole, miconazole, kétoconazole.

Un traitement oral par nystatine est indiqué en cas de muguet associé.  La nystatine n’est par ailleurs pas indiquée en cas de candidose cutanée seule.

Les crèmes combinant antifongique et corticoïde sont généralement contre-indiquées pour une utilisation sur le siège ; les stéroïdes contenus dans ces crèmes sont trop puissants pour être utilisés sous occlusion, augmentant le risque d’atrophie cutanée et d’inhibition surrénalienne.

L’utilisation d’une association antifongique-dermocorticoïde n’est justifiée qu’en cas de candidose avec inflammation majeure.  Le dermocorticoïde doit rester de faible puissance (classe IV), comme l’hydrocortisone, excluant plusieurs spécialités.  D’un point de vue pratique, la seule préparation répertoriée dans le CBIP que l’on pourrait utiliser chez le nourrisson est le Daktacort®, qui associe hydrocortisone et nitrate de miconazole.  Le traitement lui-même doit être limité dans le temps, l’effet anti-inflammatoire du dermocorticoïde étant susceptible de masquer l’absence de guérison de la candidose.

Source : BULTOT Marjorie, Érythème fessier du nourrisson : du diagnostic différentiel au traitement.  UCL, 2020, pages 19-21

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Dr Bultot : Médecin généraliste à Jalhay / Sart-lez-Spa

Diplômée de l’Université de Namur en 2014, puis du master de médecine à l’Université Catholique de Louvain en 2018, et enfin du master complémentaire de médecine générale avec grande distinction en 2020, j’ouvre la même année mon cabinet de médecine générale à Sart-lez-Spa. Attentive à une prise en charge globale du patient, j’ai développé plusieurs compétences secondaires afin de répondre aux défis quotidiens de la médecine générale, comme par exemple en obtenant le certificat ONE, ou celui de l’interprétation de l’électrocardiogramme (ECG), ou encore en me formant à l’échographie.